Porte d'accès à la "Warehouse" (entrepôt).
Au camping, quand tous les lits sont pris, les bénévoles dorment sur les canapés.
Janvier 2019 : départ pour l'entrepôt, première journée sous la neige.
Briefing du matin.
Tableau d'organisation des tâches.
Préparation d'une distribution de gants, indispensables pour l'hiver.
Une bénévole recoud des vêtements à distribuer.
Préparation d'une "hygiene box" (boîte de produits d'hygiène).
Du matin au soir, la cuisine du RCK (Refugee Community Kitchen) est en activité constante.
Moment de détente dans la zone de vérification des tentes.
Livraison de dons en provenance du Royaume-Uni.
Un bénévole prépare du bois de chauffage pour les réfugiés.
Journée de commémoration pour les exilés anonymes enterrés au cimetière de Calais. 1/2
Journée de commémoration pour les exilés anonymes enterrés au cimetière de Calais. 2/2
Une partie du "Woodyard" (zone où le bois est découpé pour en faire du bois de chauffage) sous la neige.
Dans l'un des bureaux, une bénévole propose des soins pour les autres bénévoles.
Tri de sous-vêtements avant une distribution.
Chargement de matériel, nourriture et vêtement pour une distribution.
La gale ayant fait sont apparition, les bénévoles lavent et sèchent les couvertures des réfugiés.
Générateurs et prises électriques : le matériel indispensable pour les distributions.
Instant de détente avant une distribution.
Eviction, puis installation de grilles anti-migrants sous surveillance policière.
Mise en place de murs en béton autour d'une station essence.
A la fin de la journée, le calme revient dans la Warehouse 1.
Novembre 2018, retour de distribution difficile en raison du froid hivernal qui fait son arrivée.
Pour Noël, un cinéma est improvisé dans la Warehouse 2
Soirée de départ de deux "long termes", présents depuis 9 mois.
Un jeune calaisien pêche face au ferry qui relie Douvres à Calais.
Bénévolat-Lande
L’impasse humanitaire calaisienne
Il est 8h45 et le chant du coq a retenti depuis longtemps déjà. La basse cour s’active en même temps que les pêcheurs de l’étang du 225, Avenue de la Plage à Marck, petite ville du Pas-de-Calais. Les moteurs des premiers véhicules démarrent, l’agitation prend forme autour des mobil-homes. Des portes s’ouvrent, claquent, quelques silhouettes se dirigent vers l’entrée du camping, point de rendez-vous pour être conduit à l’Auberge.
« Three people » lance un conducteur en arrivant sur le parking. Suivant leur ordre d’arrivée, trois passagers prennent place à bord de la camionnette vétuste.
Il faut compter dix minutes pour rejoindre la « Warehouse » (entrepôt) comme on l’appelle ici. Elle se situe à deux pas de la ville de Calais, sur un axe routier important, non loin de l’ancienne « Jungle » (jangal signifie forêt en persan) ou Lande, que certains bénévoles ont bien connue. Durant le trajet, quelques paroles sont échangées en fonction des affinités et un rapide stop est effectué pour acheter du tabac.
« What’s the code? » lance notre chauffeur devant le portail qui affiche le numéro 56. Par mesure de sécurité, ce code est changé chaque semaine et n’est donné qu’à quelques « longs termes » (bénévoles restant au minimum un mois).
Premiers arrivés, premiers servis. Les salutations s’enchaînent autour de cafés et de thés au lait préparés par Sidonie, la responsable salariée de l’Auberge des Migrants qui porte un regard attentif et bienveillant sur les bénévoles faisant vivre l’entrepôt.
Il est plus de 9 heures lorsque Justin, grand blond de Sheffield, appelle pour le « Morning briefing! ». Pendant quelques minutes, les nouveaux bénévoles sont accueillis et les derniers événements importants listés. Après un rappel des règles de sécurité, quelques échauffements physiques sont réalisés afin de nous réveiller. S’ensuit la répartition des tâches en fonction de l’association pour laquelle nous sommes présents. L’entrepôt héberge huit associations dont deux françaises : l’Auberge des Migrants (qui gère le local) et Utopia 56, les six autres sont britanniques : Help Refugees, Refugee Comunity Kitchen (RCK), Refugee Youth Service, Refugee Info Bus, Refugee Women’s Center et The School Bus. Les nouveaux bénévoles partent pour une visite guidée de l’entrepôt, tandis que les « cuisiniers » de RCK défilent devant nous, en tenue de travail noire et Crocs aux pieds. Le percolateur délivre ses dernières gouttes de café, les cigarettes finissent de se consumer, les volunteers se dirigent vers les postes qu’ils se proposent d’occuper.
Calais n’a pas toujours été l’impasse humanitaire que l’on connaît aujourd’hui. C’est durant l’hiver 1998 que les premiers camps de réfugiés apparaissent avec l’arrivée des populations qui, fuyant le Kosovo, tentent de rejoindre le Royaume-Uni. Ville de transit, Calais se transforme à la suite du protocole de Sangatte (1991), puis du traité du Touquet (2003) qui place la frontière franco-britannique sur le territoire français. La traversée de la Manche devient désormais quasi impossible pour les milliers de réfugiés politiques et économiques qui affluent. Dans le même temps, l’Eurotunnel ouvre en 1994 et facilite la circulation des individus et des marchandises.
L’ Auberge des Migrants, créée en 2008, accueille associations et bénévoles afin de porter assistance aux exilés dans le Calaisis et sur tout le littoral du Nord-Pas-de-Calais. Deux entrepôts sont régulièrement réaménagés selon les besoins et le budget. La cuisine est entièrement gérée par RCK qui distribue en moyenne 1500 repas chauds par jour à Calais et Dunkerque. Une équipe gère l’approvisionnement et la découpe du bois de chauffage au « Woodyard » (cour à bois). Plusieurs cabanes abritent les autres organisations, ainsi que leurs véhicules. Des associations sont présentes à l’extérieur de l’Auberge telles Salam, le Secours Catholique ou la Vie Active, et ont leurs locaux dans Calais. L’équipe médicale bénévole du First Aid Support Team (FAST) apporte diagnostics et soins mineurs si nécessaire, tandis que les membres de la Cabane Juridique informent les exilés de leurs droits et les orientent dans leurs démarches.
À Calais, les bénévoles sont jeunes voire très jeunes. Le profil type est une femme de moins de vingt-cinq ans, étudiante et le plus souvent de nationalité britannique. À la question sur la raison de leur engagement, les réponses des bénévoles sont généralement les mêmes : « someone has to, we have to », « il faut se bouger »... La plupart de ces jeunes ont choisi de se spécialiser dans les sciences politiques, le droit, la sociologie ou l’humanitaire, et ils sont nombreux à réaliser leurs travaux de recherche ou leur stage de fin d’études sur les crises migratoires.
Toutes les associations présentes ont été créées ad hoc afin de répondre à une situation d’urgence à laquelle les pouvoirs politiques peinent à trouver des solutions suffisantes et satisfaisantes. Depuis le démantèlement de la « Jungle » en octobre 2016, les « grandes » ONG interviennent ponctuellement car la situation n’est plus jugée critique. Cependant, certaines telles Human Rights Watch, MSF et Amnesty International restent attentives à l’évolution des conditions de vie des réfugiés et apportent leur soutien aux associations présentes. À l’arrivée du froid fin 2018, MSF a par exemple fourni plusieurs centaines de couvertures à l’Auberge des Migrants pour que les équipes d’Utopia 56 et de Help Refugees les distribuent.
Depuis 2017, les rapports produits par les bénévoles de Human Rights Observers, formés au recueil de témoignages, sont relayés par les médias et les différentes ONG afin d’informer sur l’évolution de la situation.
À partir de 13 heures, une file d’attente se crée à l’entrée du hangar 1 pour la distribution des repas. Riz, légumineuses en sauce, salade composée et quelques fruits sont le menu quasi quotidien des bénévoles et exilés. Plusieurs boulangeries aux alentours donnent ponctuellement leurs invendus. Bouilloires et machines à café apportent leurs doses de réconfort à rythme soutenu... surtout par temps froid.
Les nouveaux arrivants et/ou « courts termes » ne sont pas assignés aux distributions : ils doivent avoir suivi une formation de quelques heures et être présents depuis au moins une semaine pour y participer. Ils peuvent s’occuper du tri des dons en fonction de leur utilité, qualité, taille, état d’usure. Rien n’est laissé au hasard et chaque article finit dans un bac étiqueté où il est stocké avant d’être distribué. Vêtements, produits d’hygiène, couvertures, tentes, chaussures, tout est vérifié, lavé, et réparé si nécessaire. Un grand nombre de pièces est envoyé à Emmaüs ou au « Charity Shop », boutique interne à l’Auberge où chacun peut acheter un article qui ne peut être distribué.
Une bonne humeur générale plane dans les locaux. La musique dicte au quotidien le rythme de travail des jeunes volontaires. Le stress est réservé aux « longs termes » qui sont en charge des postes à responsabilité. L’ensemble fonctionne telle une micro-société organisée et en remodelage permanent. Toute personne qui possède des compétences particulières peut, si elle le souhaite, les mettre au service du groupe. Il est simplement demandé de faire vivre la communauté, de s’amuser et de parler à son entourage du « bourbier calaisien ». Communiquer afin de continuer à obtenir des moyens humains, financiers et matériels, et surtout ne pas disparaître.
Ces associations n’existent que grâce à une poignée d’individus qui résident sur place ou viennent régulièrement. Elles tentent de couvrir l’ensemble des besoins des exilés : assistance juridique, accompagnement pour l’accès aux soins, distribution de nourriture, vêtements et couchages, produits d’hygiène, mises à l’abri, aide aux mineurs non accompagnés, mise en place d’activités éducatives et sportives, etc... Un « garage » est improvisé pour maintenir les véhicules en état. Des cabanons font office de bureaux pour les différentes associations, et plusieurs ateliers sont répartis entre les deux hangars.
En fin de journée, l’activité cesse peu à peu. Chargés de dons, les chariots remontent l’allée centrale en direction des camionnettes garées à l’entrée. Une fois le thé et la nourriture placés dans des conteneurs isothermes, les générateurs électriques sont remplis de carburant. On charge les multiprises et les vêtements, puis les équipes qui partent en « distri » ou « distro » sont briefées par la « coordo » (binôme supervisant les bénévoles).
Tandis que les uns rentrent au « Palo » (camping Palominos), les autres partent vers les lieux de distribution pour les deux prochaines heures. À l’arrivée, les gestes sont les mêmes : allumage du générateur, branchement des multiprises, dépôt d’un bidon d’eau potable, installation d’une table sur laquelle sont posés le thé chaud et la nourriture. Durant l’année, une grande partie des dons est conservée afin d’avoir du stock pour affronter l’hiver. La période hivernale est redoutée par les bénévoles et les distributions de vêtements chauds se multiplient. Début janvier, nous sommes partagés entre le bonheur associé à la magie des premiers flocons et la réalité de ceux qui, n’ayant qu’une tente pour toit, craignent l’arrivée des compagnies de CRS. Celles-ci interviennent régulièrement pour les déloger, principalement lors de l’arrivée d’intempéries, en détruisant abris de fortune et effets personnels.
De retour au camping, « tu viens au 128 ? Y’a soirée », « oui, je passerai plus tard, mais je ne bois pas, je suis en MAB (Mise à l’ABri) ». Certains « long termes » de Help Refugees et d’Utopia 56 sont d’astreinte le soir et les mineurs isolés ont le numéro de téléphone d’un membre de l’équipe à appeler en cas de souci.
La porte s’ouvre à nouveau, c’est « Nico », qui me demande si j’ai pu trouver un lit pour ce soir. Le nombre de bénévoles variant de 30 à 70 selon la période de l’année, des bungalows sont parfois libérés afin de limiter les dépenses des associations. Certains peuvent se retrouver sur des canapés en attendant qu’un matelas soit disponible. Ici, chacun paye sa place entre cinq et huit euros par nuit pour un couchage dans des logements parfois en mauvais état.
Si les violences policières sont courantes à l’égard des exilés, il arrive que des contrôles d’identité musclés envers des bénévoles soient aussi effectués. Des fourgons de police sont souvent présents lors des distributions ou devant le portail de la « Warehouse ». En décembre dernier par exemple, un jeune afro-britannique a été sorti manu militari du camping par des CRS pour vérification de sa nationalité suite à une dénonciation.
Le rapport sur le harcèlement des bénévoles publié par l’Auberge des Migrants à l’automne dernier indique que « du 1er novembre 2017 au 1er juillet 2018, 646 incidents relatifs à l’intimidation des volontaires par la police française ont été recensés à Calais et ses environs. Cette intimidation va du contrôle d’identité systématique aux amendes de stationnement, en passant par les menaces, les insultes et la violence physique ».
Des actes inappropriés ou violents de la part d’exilés envers les bénévoles arrivent rarement. Ils ont lieu lors de distributions et sont le plus souvent consécutifs à la prise d’alcool. La proximité entre les migrants - en très grande majorité des jeunes hommes - et les jeunes femmes bénévoles, n’est pas toujours aisée et il est important d’imposer des limites. Un code est rappelé avant chaque distribution afin de prévenir les équipiers en cas de problème. Chaque communauté ayant des représentants, la « coordo » passe principalement par eux pour donner ou récolter des informations.
Une micro-société multiculturelle s’est développée et même si des tensions existent, des liens très forts se sont tissés. « Personne ne voudrait être là » me dit-on dans la « Warehouse » au sujet de la situation calaisienne, mais il n’y a pas d’autre choix. La municipalité adopte une attitude répressive et le gouvernement fait la sourde oreille.
Aujourd’hui, nul ne connaît l’avenir de ces associations en France et le Brexit apporte son lot d’incertitudes. Au début de l’année 2019, entre 350 et 400 exilés sont toujours présents le long du littoral. 34 associations françaises et anglaises viennent de demander à Madame Leilani Farha, rapporteuse spéciale de l’ONU sur le logement convenable, de se rendre à Calais et Grande-Synthe afin de constater la situation sur place.
Les bénévoles savent qu’il n’y a que peu d’espoir pour une amélioration concrète, ils font alors ce qui leur semble être la seule action possible, agir avec humanisme.
L’abbé Pierre disait : « La première règle avant d’agir consiste à se mettre à la place de l’autre. Nulle vraie recherche du bien commun ne sera possible hors de là ». Cette citation fait écho à l’éthique de réciprocité, règle morale présente dans presque toutes les cultures et religions du monde.
Catherine Withol de Wenden rappelle que « seul le droit à l’émigration est reconnu comme un droit fondamental, alors que le droit d’immigrer est soumis à la souveraineté des États d’accueil ».
Alors, là où les murs s’érigent, des mains se tendent. À Calais et ailleurs, des citoyens se regroupent pour une plus grande justice humaine.
Nul ne sait de quoi demain sera fait, peut-être serons nous un jour les prochains exilés.
English version
Volunteer-Lande
The Calaisian humanitarian stalemate
It is 8:45 and the rooster's crowing has long been heard. The farmyard becomes active at the same time as the fishermen at the pond at 225, Avenue de la Plage in Marck, a small town in the Pas-de-Calais. The engines of the first vehicles start, the agitation takes shape around the mobile homes. Doors open, slam, some silhouettes head for the entrance of the campsite, the meeting point leading to the Auberge.
"Three people" shouts a driver arriving at the car park. Following their order of arrival, three passengers get in the old van.
It takes ten minutes to reach the "Warehouse" as it is called here. It is located close to the city of Calais, on a major road, not far from the old "Jungle" (jangal means forest in Persian) or Lande, which some volunteers know quite well. During the journey, some words are exchanged according to common interests and a quick stop is made to buy tobacco.
"What's the code? Our driver goes in front of the gate displaying number 56. As a security measure, this code is changed every week and is only given to a few "long-term" volunteers (volunteers staying for a minimum of one month). First come, first served. Greetings are exchanged around the coffees and cups of tea with milk prepared by Sidonie, the salaried manager of the Auberge des Migrants, who pays close attention to the volunteers who live in the warehouse.
It's past nine o'clock when Justin, a tall blonde from Sheffield, calls for the “Morning Briefing!”. For a few minutes, new volunteers are welcomed and the last important events listed. After a reminder of the safety rules, some physical warm-ups are made to wake us up. This is followed by the distribution of tasks depending on the association for which we are present. The warehouse houses eight associations including two French: the Auberge des Migrants (which manages the premises) and Utopia 56, the other six are British: Help Refugees, Refugee Comunity Kitchen (RCK), Refugee Youth Service, Refugee Info Bus, Refugee Women's Centre and The School Bus. New volunteers set off on a guided tour of the warehouse, while RCK's "cooks" walk past us in black workwear and Crocs on their feet. The coffee machine delivers its last drops of coffee, the cigarettes are put out, the volunteers go to the positions that they intend to manage.
Calais has not always been the humanitarian stalemate that we know today. It was during the winter of 1998 that the first refugee camps appeared with the arrival of people who, fleeing Kosovo, were trying to reach the United Kingdom. City of transit, Calais is transformed following the protocol of Sangatte (1991), then the treaty of Touquet (2003) which places the Franco-British border on the French territory. Crossing the Channel is now almost impossible for the thousands of political and economic refugees who flock. At the same time, the Eurotunnel opened in 1994 and facilitates the movement of people and goods.
The Auberge des Migrants, created in 2008, welcomes associations and volunteers to assist the refugees in Calais and the entire coast of Nord-Pas-de-Calais. Two warehouses are regularly rearranged according to the needs and the budget. The kitchen is managed entirely by RCK, which distributes an average of 1,500 hot meals a day in Calais and Dunkerque. A team manages the supply and cutting of firewood at the "Woodyard". Several shelters house other organizations and their vehicles. There are associations outside the Auberge such as Salam, Secours Catholique or La Vie Active, and have their premises in Calais. The volunteer medical team of the First Aid Support Team (FAST) provides minor diagnoses and care if necessary, while members of the Legal Shelter inform refugees of their rights and guide them in their efforts.
In Calais, volunteers are young or very young. The typical profile is a woman under twenty-five years old, a student and most often British. When asked about the reason for their commitment, the volunteers' responses are usually the same: "someone has to, we have to," "we have to move" ... Most of these young people have chosen to specialize in political science, law, sociology or humanitarian studies, and many of them do their research or internship at the end of their studies on migration crises.
All the associations present were created ad hoc to respond to an emergency situation in which the political authorities are struggling to find adequate and satisfactory solutions. Since the dismantling of the "Jungle" in October 2016, the "big" NGOs intervene punctually because the situation is no longer considered critical. However, some such as Human Rights Watch, MSF and Amnesty International remain attentive to the changing living conditions of refugees and support the associations present. At the arrival of the cold weather at the end of 2018, MSF for example provided several hundred blankets at the Auberge des Migrants for the teams of Utopia 56 and Help Refugees who distributed them. Since 2017, the reports produced by the Human Rights Observers, who have been compiled with testimonials, are relayed by the media and the various NGOs in order to inform on the progress of the situation.
From 1 p.m., a queue builds up at the entrance of warehouse 1 for the distribution of meals. Rice, legumes in sauce, mixed salad and some fruits are practically the daily menu of volunteers and refugees. Several bakeries nearby give away their unsold products on occasions. Kettles and coffee machines bring their comfort doses at a steady pace... especially during cold weather.
Newcomers and / or "short-term" volunteers are not assigned to distributions: they must have been trained for a few hours and have been present for at least a week to participate. They can take care of sorting donations according to their usefulness, quality, size, state of wear. Nothing is left to chance and each item ends up in a labeled bin where it is stored before being distributed. Clothing, hygiene products, blankets, tents, shoes, everything is checked, washed, and repaired if necessary. A large number of items are sent to Emmaus or the "Charity Shop", an internal shop at the Auberge where people can buy an item that cannot be distributed.
There is a good general mood in the premises. Music dictates the daily pace of work of young volunteers. Stress is reserved for "long-term" volunteers who are in charge of positions of responsibility. The whole system works like an organized micro-society and in an ongoing remodelling. Anyone with special skills can, if they wish, put them at the service of the group. They are simply asked to engage with the community, to have fun and talk to people around of the "quagmire in Calais". To communicate in order to continue to obtain human, financial and material means, and especially not to disappear. These associations exist only through a handful of individuals who reside locally or come regularly. They try to cover all the needs of refugees: legal assistance, support for access to care, food distribution, clothing and bedding, hygiene products, shelter, assistance to unaccompanied minors, implementing educational and sports activities, etc... A "garage" is improvised to keep the vehicles in good condition. Sheds act as offices for the various associations, and several workshops are distributed between the two sheds.
At the end of the day, the activity comes gradually to an end. The trolleys, which are used for donations, are taken up the aisle towards the vans parked at the entrance. Once the tea and food are placed in insulated containers, the electric generators are filled with fuel. They load the power strips and the clothes and after this the distribution teams are briefed by the coordinators (team supervising the volunteers).
While some return to "Palo" (Palominos campsite), the others go to the distribution places for the next two hours. On arrival, they carry out the same tasks: igniting the generator, connecting the power strips, handing in a big bottle of drinking water, setting up a table on which hot tea and food are laid. During the year, a large part of the donations are kept in order to have stock to face the winter. The winter period is feared by volunteers and the distribution of warm clothes is increased. At the beginning of January, we are divided between the happiness associated with the magic of the first flakes of snow and the reality of those who, having only a tent as a roof over their heads, fear the arrival of the CRS officers. They intervene regularly to dislodge them, mainly during the arrival of bad weather, destroying makeshift shelters and personal belongings.
Back at the campsite, "Are you coming to 128? There is a party," “yes, I'll go later, but I do not drink, I'm in charge of the shelter". Some "long-term" volunteers of Help Refugees and Utopia 56 are on call at night and the unaccompanied minors have the phone number of a team member to call in case of trouble. The door opens again, it's "Nico", who asks me if I could find a bed for tonight. The number of volunteers varies from 30 to 70 depending on the time of year, bungalows are sometimes vacated to limit the expenses of associations. Some may end up on couches while waiting for a mattress to be available. Here, everyone pays their place between five and eight euros per night for sleeping in housing which sometimes is in poor condition.
While police abuse is commonplace in relation to refugees, there are also strong identity checks against volunteers. Police vans are often present on distribution spots or in front of the "Warehouse" doorway. Last December, for example, a young African-British man was forced out of the campsite by CRS officers for verification of his nationality following a complaint. The report on the harassment of volunteers published by the Auberge des Migrants last autumn indicates that "from 1 November 2017 to 1 July 2018, 646 incidents related to the intimidation of volunteers by the French police were recorded in Calais and its surroundings. This intimidation ranges from systematic identity checks to parking fines, threats, insults and physical violence. "Inappropriate or violent acts by refugees to volunteers rarely happen. They take place during distributions and mostly happen after alcohol intake. The proximity between migrants – the majority of them young men - and young female volunteers, is not always easy and it is important to set boundaries. A code is recalled before each distribution to inform team members in case of problems. As each community has representatives, the coordinator communicates mainly with them to give or collect information.
A multicultural micro-society has developed and even if tensions exist, very strong bonds have been built. "No one would want to be here," I am told in the "Warehouse" about the situation in Calais, but there is no other choice. The town council is taking a repressive attitude and the government is turning a deaf ear.
Today, no one knows the future of these associations in France and Brexit brings its share of uncertainties. At the beginning of 2019, between 350 and 400 refugees are still present along the coast. 34 French and English associations have just asked Mrs Leilani Farha, UN special rapporteur on adequate housing, to go to Calais and Grande-Synthe to see the situation on site.